COGNITION
Les nourrissons arrivent à différencier des langues étrangères par l’audition mais aussi par la vision.

Êtes vous capable de savoir si votrre interlocuteur parle votre langue maternelle si vous n’entendez pas ses paroles ?
Même si ce n’est plus le cs aujourd’hui, vous en étiez capable à six mois.
C’est ce que vient de démontrer une étude parue aujourd’hui dans la revue américaine Science. Les nourrissons peuvent faire la différence entre leur langue natale et une langue étrangère rien qu’en observant le visage de lapersonne qui s’adresse à eux.
L’équipe internationale de chercheurs menée par Whitney M. Weikum, étudiant en thèse de doctorat de l’université de British Columbia à Vancouver au Canada, se demandait dans quelle mesure les bébés utilisaient des informations visuelles pour identifier la langue parlée par leur interlocuteur.
Les chercheurs ont donc mené une expérience sur ce thème sur un échantillon de 96 enfants en bonne santé nés à terme. Cinq groupes de bébés de parents anglophones, âgés de quatre, six et huit mois, et bilingues franco-anglais âgés de six et huit mois, ont été constitués.
Chacun d’entre eyx a visionné, assis sur les genoux de ses aprents (portant des lunettes noires pour ne pas influencer leurs enfants), une série de clips vidéo silencieux dans laquelle trois personnes bilingues lisaient des extraits du Petit Prince. Les textes étaient lus d’abord dans la langue maternelle de l’enfant. Lorsque son intérêt diminue de 60% par rapport au début du visionnage, on considère qu’il s’est habitué à l’information visuelle. C’est alors que l’orateur changeait de langue.
Derrière une vitre teintée, un scientifique observait le comportement des paticipants. Or, les chercheurs ont constaté que les bébés de moins de six mois avaient la même réaction : ils regardent une vidéo plus longtemps dès lors qu’ils assistent à un changement de langue. Ce qui signifie que les nourrissons âgés de six mois distiguent visuellement leur langue natale d’une langue étrangère.

« Nous savions déjà que les bébés étaient en mesure d’identifier une langue à patir de signaux auditifs, explique Whitney Weikum. Mais c’est la prmière étude qui montre que de jeunes enfants ont la capacité de distiguer les langues en recourant aux seules informations visuelles. »
Ces travaux confirment l’importance de cette période de vie, qui s’étend de quatre à six mois, dans l’apprentissage d’un idiome. Le cerveau des bébés de cet âge est déjà en marche pour jeter toutes les bases du langage.

Lèvres en rond

« Ce phénomène participe de l’apprentissage du langage, au même titre que la capacité à distinguer certains phénomènes qui existent dans d’autres langues que leur langue maternelle, déjà observée chez les enfants de moins de six mois », explique Salvador Soto-Faraco, du Groupe de Recherche en Neurosciences Cognitives (GNRC) du parc scientifique de Barcelone et coauteur de l’étude.
Mais comment s’opère une telle différenciation ?
Nuria Sebastian-Galles, professeur de psychologie au GNRC, émet une hypothèse :
« Peut être observent-ils le mouvement des lèvres. Par exemple, en français, il existe beaucoup de voyelles qui obligent à placer les lèvres en rond, ce qui est très peu le cas en espagnol. »
Autre enseignement de ces travaux : ce processus visuel ne fonctionne plus avec des bébés de huit mois, qui ne sont plus capables d’opérer une telle distinction.
A l’exception des bilingues, qui conservent cette capacité plus longtemps que les autres.
« Peut être que pour ourrissons de plus de six mois ayant déjà une connaissance suffisante de leur langue, l’information visuelle leur est moins utile. », se demande Nuria Sebastian-Galles.
Ce qui incite Janet F. Werker, professeur à Vancouver, dans l’équipe de laquelle Whitney Weikum prépare sa thèse, à penser que « nos travaux doivent se poursuivre pour approfondir es mécanismes auxquels recourent les bébés pour opérer de telles différenciations. »

CAROLINE DE MALET
Vendredi 25 mai 2007
LE FIGARO
Rubrique : Sciences humaines

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